CIC 2022 : Conférence Internationale du CERDOTOLA 2022

Information sur l'intervenant

Dr Zirignon Grobli

Centre de Guidance infantile

Abidjan, Cote d’Ivoire

Zirignon GROBLI né en 1939 à Gagnoa (Côte d’Ivoire) est envoyé comme boursier au Lycée d’Agen en 1952. Licencié en philosophie en 1966 à l’université de Caen et titulaire d’une maitrise à la Sorbonne. Fait une psychanalyse (1965-1972), s’initie à la peinture et expose. De retour au pays en 1977 il est engagé comme psychothérapeute au Centre de Guidance Infantile d’Abidjan (1978-1995). Dans ses prises en charge, il associe l’art et la psychanalyse (psychart-thérapie). A son actif 25 livres (L’Harmattan et Cycas) et un musée virtuel.

 

Titre de la communication

« Qu’est-ce que la psychart-thérapie ? »

Résumé de Communication

Résumé

La psychart-thérapie est la technique de reconquête de son corps, infiltré et squatté par les esprits persécuteurs (pulsions), d’un patient qui refuse la voie du « passage à l’acte ».

Les trois phases:

Sous l’accompagnement d’un thérapeute initié à ce type de prise en charge, la première démarche du patient en psychart-thérapie consiste à évacuer ses pulsions sadiques anales en déplaçant par projection celles-ci sur un support artistique.
C’est la phase préliminaire de l’affrontement symbolique qui met en jeu tout le potentiel de l’imaginaire destructeur du patient pour le déporter sur l’espace consacré, le support.
Les pulsions sadiques-anales projetées ici sous la formes de matières picturales vont s’entasser se mêler et constituer finalement un magma à interpréter comme la visualisation du chaos intérieur à l’origine des angoisses et du sentiment de persécution du patient que l’imagination de celui-ci se représente comme une sorte de bête malfaisante qui squatte ses entrailles.

Vient la seconde phase de la psychart-thérapie où, avec le « sous-tien » de son accompagnateur, le patient s’engage dans le combat pour la mise à mort symbolique de la bête externalisée sous l’apparence du gribouillis ou magma, à l’affronter en ayant recours à toutes les ressources possibles de l’imagination sadique (grattage, frottage, déchirage, lavage, etc.), et à le « réduire » finalement en traces « parlantes » devant lesquelles dans une sorte de flash suivi d’un apaisement le patient prend conscience de sa victoire sur le monstre dévorant.
A ce moment de grâce succède alors celui de l’activité divinatrice où le patient va consulter le support « élaboré » afin qu’il lui livre ses messages écrits en formes de schèmes qui se refusent à la détermination et à l’identification.

C’est dans la troisième phase que le patient engage sa responsabilité en re-constituant par l’imagination créatrice, les formes préverbales suggérées par les figures embryonnaires ou schèmes. Le processus culmine donc à l’émergence du Langage dont les formes préverbales sont les éléments constituants et ipso facto à l’apparition de l’ « être de langage » là où rayonnait l’ « être des pulsions ».
Le savoir initiatique nous enseigne que la guérison advient avec l’entrée du sujet dans le champ du Langage où l’être humain est appelé à accomplir sa destinée.

La différence entre la psychart-thérapie et la psychanalyse

Alors que le patient en psychanalyse utilise le langage existant pour partir à la quête de la vérité de son être aliéné, le patient en psychart-thérapie, cette « conscience malheureuse » de la quête en psychanalyse, fort de son sous-tien du Nom du père invoqué, va se tourner vers la matière (sublimée), pour engager avec elle un combat héroïque afin de délivrer son essence (supposée) aliénée dans les entrailles de la Mère toute-puissante.

Le patient en psychart-thérapie est donc un déçu de la psychanalyse qui, quelque part mystique, garde l’espoir irréductible d’en finir avec l’aliénation de son essence.
C’est pourquoi, comme l’archéologue, il ne se décourage pas de creuser, de fouiller dans les profondeurs de la Terre-mère. Les bribes d’ossements que trouve l’archéologue pour la re-constitution d’un fossile, ce sont ici les schèmes ou embryons de formes vers lesquels son intuition guide l’impétrant. La lecture ardue des schèmes et leur re-constitution par l’imagination créatrice de l’impétrant culmineront à la promotion des formes préverbales (ou signifiants artistiques), éléments constituants du Langage.
C’est ainsi que la quête mystique de l’impétrant en psychart-thérapie le conduit à la génération du Langage qui constitue le point de départ de la psychanalyse. Mais dans le cas présent, il est question du Langage refondé par les schèmes et les formes préverbales, qui a pour vertu de produire justement l’effet (miraculeux) de dés-aliénation. Le sujet du langage refondé éprouve au plus profond de son être le sentiment de dés-aliénation et de liberté, objet de sa quête impénitente, là où devant le langage, en fin d’analyse, il se sentait plus frustré que jamais !

L’intérêt particulier de la création artistique

C’est à porter au crédit de la psychart-thérapie de reconnaître l’intérêt majeur des pulsions et leur maitrise symbolique dans l’activité fondatrice de la personnalité. En effet, confronté à la mère toute-puissante l’enfant ou l’être immature est convaincu qu’elle détient le phallus (du père castré) à l’intérieur de son corps. C’est ici que le mécanisme de la métaphore prend tout son intérêt heuristique.
Pour l’impétrant qui « déplace » cette croyance infantile sur la métaphore de la mère anale (le support artistique lieu de projection de ses pulsions) , tout se passe comme si l’activité artistique constituait la quête du phallus aliéné dans la matière (sublimée) et le Langage résultant des formes préverbales , la métaphore du phallus du père arraché à l’aliénation des entrailles de la Terre-mère.
Loin de nous la prétention qui ferait de la psychart-thérapie la voie exclusive de prise en charge et d’investigation. Notre propos est tout simplement de « pointer » que la psychanalyse, articulée sur le complexe d’Oedipe et ayant pour instrument privilégié la parole vide des constituants du Langage, est incomplète et laisse le patient en situation de « conscience malheureuse ». et qu’il était nécessaire, en plus, de faire la prospection du champ prégénital au moyen de l’activité artistique , créatrice de formes préverbales ces portes d’entrée dans le champ du Langage, pour offrir à l’humanité la solution satisfaisante à la problématique de la prise en charge en psychopathologie.

L’initié africain Bouabré Bruly a écrit quelque part que la création d’une « beauté visuelle » signe la fin d’une initiation. En substituant beauté visuelle à « œuvre d’art originale », on découvre une similitude de conception entre la psychart-thérapie et l’initiation africaine.En effet, à l’inverse du mode opératoire du créateur occidental qui part des perceptions, ces deux voies ont la particularité d’utiliser comme matière les pulsions projetées sur un support choisi, la maîtrise de celles-ci, au lieu de la métaphore, étant la finalité de l’activité créatrice des éléments constituants du Langage ce champ d’éclosion et d’épanouissement des potentialités l’être humain.

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